S’installer dans un nouveau pays : la langue, une petite pièce du puzzle

On le sait, en tout cas on s’en doute, apprendre une langue en immersion est plus efficace que l’apprendre dans une salle de classe. Alors quand je suis partie avec ma famille m’installer en Suède à la fin août 2017, je pensais peut-être que ce ne serait qu’une question de mois. J’adore les langues et je les apprends avec assez de facilité (chacun son truc hein, demandez-moi de multiplier 8 par 7 et il faut que je réfléchisse). L’apprentissage du suédois n’était pas une priorité pour moi, qui cherchais un job dans la recherche, où la langue de travail est l’anglais, et encore moins pour mon mari, qui lui venait justement de décrocher un job temporaire à l’université, dans la recherche aussi. Mais il était important pour moi d’apprendre la langue du pays qui allait nous accueillir ma petite famille et moi (à l’époque, notre fils avait 4 mois). Je parlerai dans un autre post des avantages qu’il peut y avoir à parler suédois ici alors que la plupart des habitants de ce pays parlent très bien anglais. Dans ce post je voudrais plutôt me concentrer sur les difficultés que je rencontre, et dont je n’avais pas conscience avant d’arriver ici.

J’ai déjà appris une langue en immersion par le passé. Ou plutôt, j’ai renforcé mes connaissances de la langue : par exemple, en juillet 2011, j’ai passé trois semaines à Novossibirsk, en Sibérie, pour améliorer mon russe. Je vivais dans une famille d’accueil et j’avais plusieurs heures de cours tous les jours. Succès garanti pour faire de très gros progrès, alors que je parlais anglais avec les autres élèves, ou même français avec les quelques francophones venus se perdre dans cette partie de la Russie. Mais cette immersion n’avait rien à voir avec celle que je vis maintenant, voilà pourquoi, en vrac :

  • j’étais en vacances avant de commencer mon doctorat, sans d’autre soucis que de profiter du temps que j’avais dans cette belle et déserte région, de rencontrer des gens sympas et de m’amuser à apprendre une langue ;
  • j’étais célibataire : pas de petit copain avec qui skyper, pas de mails à attendre chaque jour de ma moitié ;
  • je n’étais là que pour trois semaines, et je savais qu’à mon retour j’allais pouvoir voir ma famille rapidement.

Bref, c’était une parenthèse de liberté, sans grande prise de risque ni responsabilité. Ma situation actuelle est bien différente :

  • je suis ici parce que mon mari a trouvé un job, et j’en cherche un moi aussi (depuis notre arrivée, j’ai trouvé un boulot intermittent de professeur de français) ;
  • je suis ici avec ma famille, qui s’est agrandie en juillet 2018 avec l’arrivée de notre petite fille ;
  • je suis ici pour une durée indéterminée.

Il s’agit peut-être d’une parenthèse dans ma vie, ou de l’écriture d’un nouveau chapitre. Des responsabilités, j’en ai à revendre, avec un couple à faire tenir et deux enfants à faire grandir. Du risque il y en a, parce que rien ne dit que mon mari et moi trouverons un emploi fixe dans les mois, dans les années à venir : nous aurions alors perdu pas mal d’argent et de temps en adapatation à ce nouveau pays.

Stockholm, mai 2018.

Tout ça pour dire que même en faisant tout mon possible pour apprendre le suédois du mieux que je peux, en écoutant la radio, en lisant les journaux, en parlant suédois le plus possible dans les magasins, dans mes échanges avec l’administration, en cherchant à rencontrer des gens etc. il y aura toujours un millier de trucs qui font qu’apprendre une langue en immersion, dans ces conditions, est tout sauf chose aisée. Je suis très occupée avec les enfants, puisque seul le grand va à la crèche, et juste 15 heures par semaine (nous n’avons pas droit à plus d’heures, mais ça pourrait être l’objet d’un autre article). S’installer dans un nouveau pays demande une très grande organisation et du sang-froid pour traverser ce qui s’apparente parfois à un parcours du combattant administratif, surtout en Suède, pays relativement fermé : obtenir un numéro d’immatriculation, ouvrir un compte en banque, s’inscrire dans un centre médical, faire valoir ses droits aux allocations familiales et aux congés parentaux. Demander une place en crèche. Chercher et louer un appartement, acheter une voiture. Contracter une assurance habitation et une assurance auto. Comprendre le fonctionnement du système de retraite pour s’assurer qu’on ne va pas tout perdre si jamais on décidait de rentrer en France (mon pays d’origine) ou en Suisse (celui de mon mari). Payer ses impôts. Souscrire à un abonnement de téléphonie mobile. Chercher un travail. Tout ça prend BEAUCOUP de place dans notre cerveau de nouveaux arrivés. Sans compter les enfants, qui ont parfois des nuits difficiles, qui font leurs dents, qui tombent malades, qui ont leurs petits bobos dont il faut bien s’occuper et qui peuvent causer des soucis.

Et puis il y a l’avenir. Se demander si on a fait le bon choix de partir si loin de nos familles respectives, se demander si nous aurions dû “rester” et si nous devrions “rentrer”. Se demander où nous serons dans 5 ans, dans 10 ans. Se demander s’il faut attendre pour agrandir encore notre famille.

Enfin, il y a parfois un soupçon de mal du pays. L’envie d’entrer dans une boulangerie et de se régaler d’un bon croissant, l’envie de parcourir une centième fois les rues de la ville où nous avons fait nos études, l’envie de pouvoir prendre un verre avec nos amis après un simple petit coup de fil.

Alors apprendre la langue, oui, mais la vie continue et elle demande beaucoup d’énergie !

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4 thoughts on “S’installer dans un nouveau pays : la langue, une petite pièce du puzzle

  1. Le problème est surtout que l’alcool est cher est que pour apprendre une langue, il faut s’immerger dans la société et boire des coups avec les autochtones XD Comment ça c’est bizarre comme idée?
    Peut-être aussi as-tu moins l’occasion de parler avec des suédois lors de diners ou de choses comme ça comme tu as une famille avec de jeunes enfants. Je m’explique, souvent quand tu as de petits enfants, ça fait beaucoup de boulot et tu te désocialises un temps (tu ne sors pas le soir parce qu’à 20h tu es au bout de ta vie, tu ne peux plus improviser une sortie à la dernière minutes parce qu’il faut gérer le babysitting…). Ok pas tout le monde, mais quand même. Je vois dans notre cas, nous avons changé de région il y a quelques mois avec deux enfants (2 et 4ans). Je peux te dire qu’on apprend encore les ‘coutumes’ locales, qu’on a toujours pas de médecin, que le transfert bancaire est un merdier total, …et pourtant on est resté en France. Le challenge est plus intense pour vous.

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    1. Oui moi aussi je suis au bout de ma vie à 20h… Enfin à 17h déjà, puis j’ai un petit regain d’énergie pour le tunnel du soir… C’est clair qu’on sort beaucoup moins. Oui j’ai lu ton parcours sur ton blog 😊 Je compatis à vos problèmes administratifs. Ici c’était limite un cauchemar. J’ai frisé le burn out administratif. Maintenant ça va mieux (après un an et demi ici !). J’ai même acheté une voiture (et la paperasse qui va avec), c’est dire…

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